Jour 6 Suncheon : jardin national et baie-zone-humide

JOUR 6

C’était à nouveau le moment de partir pour continuer notre descente dans le sud du pays. On a traîné notre attirail sous un reste de pluie, pris un bus qui nous a déposés devant une magnifique gare dont l’extérieur était partiellement couvert de bois.

À notre arrivée à Suncheon en milieu de matinée, nous avons déposé nos bagages dans l’accueil de l’hôtel. Comme on avait beaucoup de questions, des choses à déposer dans le réfrigérateur et d’autres dans le congélateur mais que le réceptionniste ne parlait pas anglais, on acquiesçait tous les trois énergiquement même si on était pas toujours au clair sur ce qui avait été dit et compris. Le monsieur avait la même habitude que moi de ne produire aucun son ni aucun mot bouche-trou pendant qu’il réfléchissait alors qu’il laissait parfois plusieurs longues secondes avant de se remettre en mouvement. Ça m’a pris de court. A. m’avait dit plusieurs fois pendant les cours de japonais que ce n’était pas naturel et même assez perturbant. Ça faisait rire la prof aussi. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte en face de cet homme. Je vais voir ce que je peux faire.

Les tractations rondement menées, on a pris le bus direction le jardin nationalau sud de la ville. Comme la matinée touchait déjà à sa fin, on avait faim nous. Forts de l’expérience de la veille, on a opté pour un second repas sur le pouce comme il n’y avait pas grand chose d’ouvert ce jour-là vers l’entrée du jardin. C’était bien plus rapide. Des vrais petits habitués.

Le ciel était lourd et gris, mais ça n’a pas fait de mal aux nuances de vert des paysages. La vie printanière commençait à peine à cogner dans les bourgeons où de très rares fleurs naissaient. On avait pris la petite carte à l’entrée. Elle ressemblait aux cartes des jeux pour enfants des années 2000s. On avait un doute sur la direction à prendre pour rejoindre le jardin coréen. Puis on a levé les yeux, puis encore, encore un peu. S’il fallait lever les yeux si hauts sur cette butte, c’est que ça pouvait être que le jardin coréen. Effectivement, les mollets aussi ont confirmé l’appartenance nationale. C’était magnifique. On a déambulé entre les lieux dont les noms et les petites illustrations nous attiraient, passé des petits ponts, dont un tout en courbes métalliques qui filait sur un lac, entre des buttes couvertes d’une herbette raseétonnamment dorée pour ce qui ressemblait à une pelouse en mort hivernale. Les buttes ressemblaient à des tumulus, ou aux tombes de Gyeongju que nous n’avions pas encore vues. A. a failli se faire dévorer par une oie, on a croisé un groupe de lycéens qui se sont gagés d’oser dire bonjour aux étrangers.

Vers 15h, on a pris le SkyCube. En voyant le nom sur le flyer, je me suis dit que le nom était bizarre, mais en voyant l’engin, je l’ai trouvé juste. On a volé au-dessus du jardin pendant quelques minutes jusqu’à rejoindre la partie sud où nous attendait un bus, pour aller encore plus au sud. Le bus a fait le trajet en neuf leeeeeeeeentes minutes. Je pense que c’était pour ne pas déranger la faune et la flore de cette zone humide préservée.

Il nous a déposés au bord de la zone humide, devant un dédale de ponts de bois suspendus. De l’autre côté, on voyait notre dernier objectif du jour : l’observatoire de Yongsan. Depuis les pontons de bois, on voyait à l’oeil nu qu’en dessous, la terre humide débordait de vie. Sa couleur grise grouillait de crabes violonistes et de poissons amphibies qui sautaient sur la vase avec leurs pattes (nageoires ?). La montagne allongée qui menait à l’observatoire était particulièrement protégée. Fallait essuyer ses pieds sur des tapis spéciaux avant de passer.

La marche était très agréable et bien aménagée. Au bout d’un kilomètre, la piste se divise en deux chemins. À gauche, y avait “la voie de la méditation”, assez tranquille, en pente douce ; à droite, “the hard way” était écrit sur le panneau. Vos deux chèvres des montagnes préférées n’ont pas hésité longtemps. Après la réunion des deux voies, on a suivi la crête. Il y avait des esplanades en bois au-dessus du vide tous les 200 m qui offraient des vues différentes de cette plaine grise des nuages jusqu’au sol. Même si ma culture visuelle en la matière est faible, ou peut-être parce qu’elle est faible, d’ailleurs, j’avais l’impression d’être au bord d’une estampe coréenne de paysage parsemée de grues à capuchon. Au bout, sur le dit observatoire, on a contemplé longuement le passage d’un bateau. Il avançait lentement dans une voie d’eau tracée au pinceau en courbe gracieuse. C’était hypnotisant. Je savais même pas vers quoi il se dirigeait ? Même l’horizon dégagé ne paraissait pas avoir de frontière. Ça s’étend vraiment à perte de vue. Par endroits, des colonies de roseaux formaient des cercles nets et pleins.

Ploploploploplop. Machine-arrière, on est revenu à l’endroit où nous avait déposés le bus lent, pas sans avoir fait mumuse avec des jets à air comprimé pour nettoyer nos chaussures. Ces explorations nous avaient affamés. Ce soir-là, on a essayé un petit restaurant de poulet frit coréen tenu par une famille. Une petite coupelle de sel-poivre accompagnait les plats, pour une variante sans sauce qui préserve au mieux le croustillant. La partie épicée recouverte de sauce sucrée-salée était aussi bonne que la partie nature.

On en a eu plein les yeux ce jour-là.