Jour 3 Séoul : visiter Changdeokgung, Jongmyo et un PC bang

JOUR 3

Le jardin secret de Changdeokgung

On avait suffisamment parcouru l’article de qualité de Wikipédia sur l’histoire de la Corée pour que la déception de notre visite de Gyeongbokgung n’éteigne pas notre désir d’en découvrir davantage. Ces petites lectures étaient comme la braise sous la cendre, et les visites suivantes n’ont pas manqué d’attiser les flammes de notre curiosité.

Sur le flyer commun des monuments de Séoul, on avait été appâtés par le “jardin secret” dont l’accès, d’après quelques blogs lus en diagonale, était limité par un quota assez restreint. On pourrait croire que les échecs à répétition de la veille nous auraient amenés à opter pour un programme sûr qui ne fasse aucune place au hasard ; mais non, car à la première heure, nous étions devant le guichet encore fermé de Changdeokgung pour tenter d’obtenir une entrée dans ce jardin au nom mystérieux.

La Sindo de Jongmyo

Finalement, il y avait beaucoup de places disponibles. Nous avions nos billets pour la visite guidée de 10 h 30. Comme il y avait un creux d’une heure et demie d’ici là, on a pris le chemin du sanctuaire le plus proche, Jongmyo, et ça tombait bien, puisqu’il était inclus dans l’ensemble d’entrées qu’on avait prises à Gyeongbokgung.

Depuis l’entrée de Jongmyo partaient trois lignes de pierres encastrées dans le sol. Elles avançaient en parallèle sur la plus grande partie du chemin, avant de se séparer par endroits. La ligne centrale était réservée aux esprits. Il ne fallait pas y poser l’orteil. Je crois même qu’il fallait éviter de la franchir tout court, même dans un saut de cabri habile. Par deux fois, j’ai vu des agents du lieu (un agent de sécurité, puis un jardinier) négocier avec cette ligne. Tous deux ont hésité franchement, jeté des regards désinvoltes sur les côtés comme si de rien n’était, puis exécuté un saut à moitié franc au-dessus des pierres. Bon, je vais pas mentir : j’étais un peu vexé que les esprits se gardent pour eux tout seuls le meilleur jeu, celui où tu sautes de pierre en pierre comme quand t’es petit. J’ai quand même respecté leur autorité, parce qu’on était chez eux, et je me suis rattrapé plus tard dans un parc public.

Au bout du sentier, il y avait le Jeongjeon. C’est un très, très long bâtiment en bois. Dedans, il y a les chambres mortuaires des souverains défunts. Par rapport aux autres pavillons, il ne faisait pas le malin. Pas de couleurs qui sautent aux yeux. Pas de petit toit coquet qui fait dire “oh, charmant”. Juste une longue ligne de bois, des colonnes, et cette impression que le bâtiment fait pas d’effort, mais qu’il a pas besoin d’en faire pour en jeter plus que les autres. J’ai surtout pensé : ah oui, ils ont prévu large. Sauf qu’en fait, non. 1395, Taejo avait prévu sept chambres, pas sept siècles de dynastie et une file d’attente de rois morts qui veulent eux aussi leur petite place au chaud. Alors ils ont rallongé. Puis encore. Puis encore. Puis encore une fois parce que moi aussi je veux être avec grand-père svp. Résultat : le bâtiment n’en finit pas.

La guide du Huwon

Plopplopplop, rebroussaille cheminière et on s’est retrouvés devant l’entrée du jardin secret. J’étais déjà beaucoup trop content. Il y avait secret dans le nom. Je savais pas que ça marcherait si bien sur moi. On attendait devant un petit portique qui ressemblait à une haie dans le 100 m haies, et on voyait au fond les premiers gros arbres. J’avais le sourire-tranche-papaye et les pieds-claquettes.

On ne savait pas encore qu’on allait tomber sur une des stars du voyage. La guide est arrivée avec son parapluie jaune et sa petite enceinte portée en banane, dans un étui de cuir avec des trous pour laisser passer le son. Déjà, j’étais intrigué. Avant même de partir, elle a pris plusieurs minutes pour prévenir tout le monde. Si vous voulez juste courir dans le jardin en prenant des photos, ça va être ennuyeux. Si vous voulez rester dix minutes au même endroit pour régler votre photo parfaite, ça va être ennuyeux aussi. Vous voulez toujours rester ? Vous êtes sûrs ? Bon. Ça sera à mon rythme alors. Dit comme ça, elle ressemble au sergent-chef Hartman dans Full Metal Jacket, mais en fait elle était plutôt sympa et je crois que son entrée en scène avec parapluie jaune et enceinte banane m’a rendu prêt à la suivre jusqu’au bout, peu importe le niveau de tyrannie. Elle avait l’air de bien savoir ce qu’elle faisait. Et ce n’était pas de la méchanceté. Elle voulait juste des yeux et des oreilles disponibles.

Ça la passionnait vraiment l’histoire de Joseon. Elle s’arrêtait, elle pointait un détail, elle lançait deux ou trois phrases avec sa petite ironie calme, et d’un coup l’endroit changeait. Une marche n’était plus juste une marche. Une porte n’était plus juste une porte. Un pavillon arrêtait de faire joli dans son coin.

L’heure et demie est passée beaucoup trop vite. J’étais presque vexé que ce soit fini. Cette visite nous a donné une boîte à outils pour la suite : mieux regarder les monuments, comparer les formes et les architectures, comprendre un peu les pigments argileux et verts qu’on voyait sur les façades.

Pavillons, étangs, études

Devant l’étang de Buyongji, je me suis arrêté longtemps. L’eau était bien rangée dans son rectangle. Au milieu, il y avait une petite île ronde. Et sur le bord, le pavillon Buyongjeong avançait au-dessus de l’eau, tranquille. Là, la guide a dit : le rectangle, c’est la Terre. Le rond, c’est le Ciel.

Après ça, elle a parlé des concours pour devenir fonctionnaire. Les candidats s’installaient autour de l’étang. Ils écrivaient. Ils transpiraient sûrement un peu. Je sais pas s’ils mettaient des toiles pour les couvrir du soleil. Le roi, lui, était plus haut, dans le Juhamnu, la bibliothèque royale, à regarder ceux qui allaient peut-être devenir ses ministres. Franchement, comme salle d’examen, on a connu pire. Après, le roi dans le dos, ça met la pression. Et si les poissons font la fête ce jour-là, bonjour la concentration. A. et moi aurions pris volontiers le petit café du matin au bord du pavillon.

Il y avait aussi la Porte du Poisson et de l’Eau. Le roi, c’est l’eau ; les ministres, ce sont les poissons. Les poissons ont besoin de l’eau. L’eau a besoin des poissons, sinon elle reste un peu triste dans son bassin. En plus, il fallait se baisser pour passer la porte, sinon on se cognait la tête. C’est très efficace comme pédagogie.

Dans les espaces résidentiels, elle a aussi montré que les bâtiments ne parlaient pas pareil selon qu’ils étaient destinés aux hommes ou aux femmes. Pas les mêmes circulations, pas les mêmes ouvertures, pas la même façon d’être visibles ou protégés. J’ai pas tout retenu, mais ça a assemblé plein de choses.

PC bang

En fin d’après-midi, on a voulu aller au PC bang de T1. C’était pas très loin du quartier. On regarde encore parfois leurs matchs. Mais là, on voulait surtout voir à quoi ressemblait un vrai café gaming coréen. Dans ma tête, c’était simple : tu entres, tu t’assois, tu joues. Ben non. C’était simple pour les gens qui savaient déjà comment faire, qui parlaient la langue, et surtout qui avaient un numéro de téléphone coréen. Nous, on avait les comptes pas sur les bons serveurs. Au bout d’un moment, comme jouer devenait trop galère et qu’on en avait eu assez de tester LOL avec autant de ping que des escargots anémiques, on a utilisé les gros ordis pour préparer Jeonju. On dira que c’était de la productivité haut de gamme.

Le soir, on a mangé un cheolpan dak-galbi. C’était très bon. Après ça, on est rentrés. On a fait les sacs. Le lendemain, on quittait Séoul pour voir le reste du pays, donc on était contents, comme souvent.