Jour 13 Busan : musée, cérémonie du thé, hanbok et dwaeji gukbap

Plan

JOUR 13

Visite du musée de Busan et initiation à la cérémonie du thé

Le lendemain matin, on était d’attaque pour un nouveau musée : le musée de Busan. On l’avait choisi après qu’A. a lu que, toutes les heures, y étaient organisées des initiations gratuites et plutôt sérieuses à la cérémonie du thé coréenne. Il y avait aussi une salle où l’on pouvait essayer des hanbok, comme on en avait vu tant de gens en louer dans les différentes villes traversées. La dame de l’accueil, à qui on a exposé notre plan, nous a regardés avec curiosité avant de nous indiquer, au fond du couloir, une porte métallique fermée et sans la moindre indication. On a acquiescé.

L’heure était matinale et il n’y avait personne, à l’exception d’un jardinier qui dépotait des plantes pour les replanter dans les bacs de terre de l’allée centrale à une vitesse ahurissante, et de quelques gardiens de salle qui somnolaient à moitié sur leurs chaises. On a parcouru leur section dédiée à l’époque des Trois Royaumes, mais on a été un peu déçus de n’y rien apprendre de plus que ce qu’on avait déjà lu, si ce n’est quelques précisions liées à leur focus, intéressant, sur la ville de Busan1. Parmi les chapitres moins glorieux de l’histoire locale, Busan abritait, sous la colonisation japonaise, la plus grande station de quarantaine pour le bétail d’exportation du pays. Les bovins coréens y transitaient par milliers avant d’être expédiés vers le Japon, au point de mettre sous tension l’approvisionnement intérieur en viande. . On avait surtout hâte d’essayer la cérémonie du thé. L’heure approchant, on a cherché à retrouver la fameuse porte sans signalement signalée plus tôt. Il fallait descendre une cage d’escalier liminale pour atteindre un sous-sol où deux dames souriantes ont pris nos noms et nous ont dit de revenir pour la séance de 10 h 30. Un petit tour et puis revient : on était fin prêts. Une troisième dame, d’une prestance assez dingue, est apparue. Elle était intégralement vêtue d’une tenue traditionnelle, d’un tissu épais et orné de motifs travaillés dans le détail, bien plus beaux que ceux qu’on avait croisés jusque-là dans les rues. Elle nous a menés jusqu’à une petite pièce reculée où on a retiré nos chaussures. Il n’y avait qu’A. et moi, c’était chouette. Elle s’est placée entre nous et nous a expliqué lentement les manières à adopter pour manier les différentes pièces de vaisselle disposées sur le plateau de bois devant nous2. La cérémonie du thé coréenne, le darye (다례), “rite du thé”, privilégie le naturel et l’harmonie là où la version japonaise vise la rigueur du geste. Son principe est le jungjeong, le “juste milieu” : un thé, comme une vie, ne doit être ni trop fort ni trop faible, ni trop chaud ni trop froid. D’où ce geste-clé qui consiste à laisser refroidir l’eau bouillante autour de 70°C avant d’arroser le thé vert, sous peine de le brûler et de l’amertumer. . Même si elle ne parlait presque que coréen, étonnamment, j’avais l’impression de tout comprendre, tant elle accompagnait de gestes élégants les mots lents qu’elle apposait sur chaque objet et chaque mouvement. Elle a quelquefois ri de notre maladresse, et on a chéri ce moment, de l’installation jusqu’à la vaisselle qui a clôturé la séance. A., qui avait tenté d’adopter la position de jambes de la dame pour s’asseoir, a déchanté au moment de se relever : elle a fini par se rouler par terre commentaire de A.3. Bon, n’abusons pas quand même, mais il est vrai que j’ai mis plusieurs minutes pour me relever. , envahie de fourmis dans les jambes, pendant que la dame riait et que je faisais mine, de mon côté, que tout allait bien, alors que j’avais cru tomber tant mes gambettes me semblaient vides de sang.

Essayage de hanbok

À peine sortis, on était de nouveau dressés devant les deux dames de l’accueil pour réserver la séance hanbok de 11 h 15, dans l’espoir de partager encore un moment avec notre hôte préférée. Petit tour et puis revient, on était habillés en rois et reines, assis sur un petit banc avec, en fond, une peinture d’un palais de Séoul. C’est l’une des deux dames de l’accueil qui nous a emmenés à la salle d’essayage. À nouveau, il n’y avait que nous. Les étagères et les penderies débordaient de tenues colorées et d’accessoires imposants. Comme notre guide ne parlait pas anglais, on a acquiescé à la plupart de ses questions. Visiblement, il était question d’enfiler les costumes de souverains, car c’est ainsi qu’on s’est retrouvés accoutrés quelques minutes plus tard4. Le hanbok (한복) est le vêtement traditionnel coréen, aux lignes amples et aux couleurs vives. Les tenues de cour, plus chargées d’ornements et de symboles de rang, sont les plus spectaculaires à enfiler. . Je n’étais pas très à l’aise dans cette tenue, que je trouvais d’assez mauvais goût. J’étais aussi peiné que le petit enfant, dans un stand de jeu, qui convoite une babiole sur l’étagère du fond et la trouve bien plus chouette que ce que l’animateur lui pose dans les mains : si j’avais pu choisir, j’aurais opté pour le drôle de chapeau qui m’avait fait rire au musée du patrimoine immatériel de Jeonju, le gat porté par les personnages de Kingdom. C’était plus sobre et moins coloré, mais j’aurais mieux assumé de le porter commentaire de A.5. De mon côté, j’ai trouvé aussi un peu too much les habits et la coiffure de l’impératrice, je pense que j’aurais préféré une tenue plus simple et des couleurs pastel, mais bon ce fut très drôle comme moment .

Déjeuner de dwaeji gukbap

À la sortie du musée, on a croisé bon nombre de riverains assis devant un restaurant qui semblait servir, en guise de plat principal, la soupe de porc épicée typique de Busan. On a pris un ticket pour les rejoindre dans l’attente. Quand le plat est arrivé, j’ai eu une étrange impression de boucle bouclée6. Le dwaeji gukbap (돼지국밥), “porc, soupe, riz”, est né à Busan pendant la guerre de Corée : les réfugiés, trop pauvres pour s’offrir de la viande, recuperaient les os de porc jetés par l’armée américaine pour en tirer un bouillon nourrissant. La ville a aujourd’hui une rue entière dédiée à ce plat. On était pas dans cette rue je crois. . C’était plus ou moins de la même famille que le sundaeguk de notre premier soir en Corée, et j’étais bien plus en mesure de l’apprécier à présent. On savait cette fois quoi faire des petits accompagnements, et c’était un régal.

Promenade au parc des citoyens

De retour dans notre quartier temporaire, on a fait le tour du marché le plus proche, où on a longuement discuté avec une vendeuse pour acheter un peu de ginseng sous forme de gelée. Puis on a déambulé dans le Parc des citoyens, en quête d’un labyrinthe végétal repéré sur la carte dessinée à l’entrée, dans le style des cartes de villes des jeux de plateau pour enfants des années 2000. Le labyrinthe était introuvable, mais on a réussi à dériver jusqu’à un pont écologique7. Un écoduc (ou passage à faune, écopont) est un aménagement conçu pour permettre aux espèces vivantes de franchir des obstacles artificiels. En milieu urbain, il permet de lutter contre la fragmentation des habitats en rétablissant une continuité écologique entre différents îlots de biodiversité. qui faisait la jonction avec le parc Hwaji. L’obscurité commençait à envelopper le feuillage, le parc était en friche et les premiers sentiers accessibles ne menaient nulle part. L’espace était parcouru de buttes aléatoires, et on avait du mal à projeter le regard bien loin. Un étrange frisson nous a parcourus, et on a préféré continuer notre chemin.

Découverte fortuite d’un sanctuaire dans la forêt

On a pénétré dans une sorte de domaine dont l’accès formait un entonnoir menant à une grande porte de bois. On aurait dit un lieu où, même si rien ne l’indiquait, il ne fallait pas s’aventurer. Mais la silhouette du temple qu’on apercevait vaguement depuis notre position a chatouillé notre curiosité. Au bout de quelques mètres sur ce petit sentier aux buissons proprement taillés, on traversait une nuée de moustiques de plus en plus dense ; et même si l’édifice dévoilait toujours plus de couleurs et de beautés, le comité d’accueil nous a dissuadés, et on a rebroussé chemin commentaire de A.8. Je pense qu’on était un peu fatigué aussi. .