Jour 11 Gyeongju : visiter Gyeongju depuis Busan, tumulus de Silla, Bulguksa et Seokguram

Plan

JOUR 11

Trajet vers Gyeongju et tumulus de Silla

Gyeongju ! On n’avait pas planifié notre progression au point de retarder cette étape pour n’explorer l’ancienne capitale de Silla qu’une fois atteint un certain capital culturel sur l’histoire de la Corée. Pour autant, cette progression me paraît a posteriori vraiment chouette. On avait suffisamment avancé l’article Wikipédia, et j’avais assez feuilleté Korea’s Place in the Sun de Bruce Cumings, surtout les pages sur les Trois Royaumes, pour que la ville nous fasse forte impression1. Gyeongju (경주) fut, sous le nom de Seorabeol, la capitale du royaume de Silla pendant près de mille ans. On la surnomme “le musée sans murs”, tant ses trésors affleurent un peu partout dans le paysage et la ville. . On a commencé par déambuler au milieu des impressionnants tumulus des rois de Silla, qui cabossent le paysage comme de douces collines posées ci et làcommentaire de A.2. Elles étaient vraiment ouf. Si on ne savait pas ce que c’était, c’était hyper mystérieux. Et même si on savait que c’était des tombes et non un phénomène géologique chelou, c’était toujours très mystérieux. . On a pu visiter l’un des tombeaux, le Cheonmachong, ouvert par le passé pour des fouilles, et comprendre les détails de la prouesse de construction. À l’intérieur, on a vu la fameuse selle peinte du cheval céleste (aux nombreuses pattes) qui a donné son nom au tombeau3. Cheonmachong (천마총), le “tombeau du cheval céleste”, a été fouillé en 1973. On y a trouvé une couronne d’or et plus de dix mille objets, mais il tire son nom d’une rabat de selle en écorce de bouleau, sur lequel est peint un cheval blanc, le Cheonma, lancé au galop avec des ailes aux sabots. .

Observatoire de Cheomseongdae et glacière Seokbinggo

On a continué jusqu’à l’observatoire construit par la reine Seondeok (632-647), qui ressemble à un casse-tête mathématique dont, au fond, j’ignore encore la réelle fonction de mesure4. Cheomseongdae (첨성대) est le plus ancien observatoire astronomique conservé d’Asie de l’Est. Environ 362 pierres pour les jours de l’année, 27 assises parce que Seondeok était la 27e souveraine de Silla, 12 rangs sous l’ouverture centrale et 12 au-dessus pour les mois, et 28 niveaux en comptant le socle, comme les 28 constellations. . Juste à côté, on est tombés sur un étonnant entrepôt de glace en pierre, à demi enterré. Il avait l’haleine fraîche même en plein soleil5. Le seokbinggo (석빙고) est une glacière de pierre. On y entassait l’hiver des blocs de glace découpés sur les rivières gelées, isolés de paille et de terre, pour les conserver jusqu’au cœur de l’été. Celui de Gyeongju date du XVIIIe siècle. .

Palais de Donggung et étang de Wolji

Notre goût pour les mares ceintes d’un pavillon de contemplation s’était assez aiguisé pour apprécier la conception de l’étang de Wolji, au palais de Donggung. Sa singularité tient à ceci qu’il n’a pas une forme régulière qu’on puisse, depuis un point donné, embrasser tout entière du regard. De petits îlots, plantés au milieu, empêchent la saisie de l’ensemble et donnent l’impression agréable que l’espace contemplé est infini6. Donggung et Wolji (동궁과 월지), longtemps appelé Anapji, formaient le palais secondaire et son étang, lieu des banquets royaux de Silla. Ses berges sinueuses sont conçues pour qu’aucun regard ne puisse en faire le tour d’un coup. . Ça contrastait radicalement avec celle du jardin secret de Séoul, bien plus petite, parfaitement carrée, qui modélisait un macrocosme : le souverain qui s’y posait embrassait du regard une sorte de totalité miniaturisée. C’est fou de se dire que la plupart des palais qu’on a croisés ce jour-là et qu’on a vus reconstitués formaient autrefois un seul ensemble connecté. En revanche, peu de progrès notoires de mon côté dans l’art de la photographie. Un couple est venu me demander de les prendre en photo devant l’un des pavillons et, malgré tout mon zèle, je me suis aperçu quelques minutes plus tard qu’ils avaient demandé à un autre passant de recommencer. Je n’avais pas voulu, sur le coup, tirer de conclusion sur leur appréciation de mon cliché. Je n’en tirerai pas davantage aujourd’hui.

Déjeuner au marché de Seongdong

Le midi, on est revenus prendre des forces vers le centre-ville. On s’est enfoncés dans un marché tristement désert, le marché de Seongdong. Il y avait parfois des allées entières pleines de produits et vides de monde. Quelle ne fut pas notre bonne surprise quand on y a découvert une sorte de buffet à l’atmosphère chaleureuse, garni de toutes sortes d’herbes, de légumes, de poissons grillés et autres petits plats appétissantscommentaire de A.7. Il y avait même quelques fraises pour le dessert. . Depuis le temps, j’avais appris à dire en fin de repas que c’était délicieux, et j’ai bombé un torse satisfait lorsque, au moment de lâcher mon “tchalmogonisseumnida”, une mamie assise à côté a poussé un “oooo” en opinant du bonnet, tout sourire8. Jal meogeosseumnida (잘 먹었습니다), littéralement “j’ai bien mangé”, est la formule de politesse qu’on prononce en fin de repas pour remercier celui ou celle qui a nourri. .

Visite du temple Bulguksa

On était déjà en route pour une nouvelle aventure busière chronométrée, dans le style de celle de Seonamsa. Le but : découvrir deux trésors nationaux à l’est de la ville, le temple de Bulguksa et la grotte de Seokguram9. Bulguksa (불국사), le “temple du pays de Bouddha”, et la grotte de Seokguram (석굴암) ont été inscrits ensemble au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1995. Bulguksa, achevé en 774, dresse devant sa salle principale deux pagodes de pierre célèbres. Seokguram, plus haut sur la montagne, abrite, dans une sorte de grotte-caverne, un Bouddha de granit qui regarde la mer pour saluer le lever du soleil. .

On a flâné dans Bulguksa, gravi ses escaliers de pierre qui font office de ponts symboliques entre le monde profane et la terre de Bouddha, et admiré ses deux pagodes qui se font face, l’une dépouillée, l’autre ciselée comme un coffret.

Ascension vers la grotte de Seokguram

Mais il fallait filer : la montre tournait, et Seokguram nous attendait plus haut, sur le flanc du Tohamsan. On s’est lancés dans une randonnée à toute berzingue, persuadés que le timing était tout juste tenable. En fait, on a bombardé au point qu’à la fin il nous resta une heure à tuercommentaire de A.10. La montée a été DUUURE. . La grotte était intimidantecommentaire de A.11. Il y avait une atmosphère particulière, un peu comme dans Avatar, le dernier maître de l’air, lorsque l’on découvre le village des moines de l’air dans les montagnes. Je pense que la brise et l’écho de celle-ci, et sûrement aussi la fraîcheur de la grotte, ont participé à cette sensation. . J’ai lu je ne sais plus où que c’était un facteur égaré, en quête d’un abri pour échapper à un orage soudain qui avait redécouvert ce lieu après des siècles d’oubli. Je ne sais pas s’il était déjà bouddhiste avant cet événement, mais si ce n’était pas le cas, à sa place, je me serais aussitôt converti.

Dîner de dolsot bibimbap à Busan

Le soir, retour à Busan, on a testé notre second bibimbap, cette fois dans un bol de pierre brûlante qui faisait crépiter le riz du fond12. Le dolsot bibimbap (돌솥비빔밥) est servi dans un bol de pierre chauffé à blanc. Le riz au contact des parois dore et accroche : on retrouve là, en version express et croustillante, le nurungji du fond de marmite dont je vantais déjà les mérites quelques jours plus tôt. .